
Miss Bala de Gerardo Naranjo. Au Mexique, Laura, vingt ans, rêve de remporter le concours « Miss Beauté » de Tijuana auquel elle a participé en compagnie de son amie Suzu. Mais un soir, dans une discothèque où Laura et Suzu se sont rendues, débarquent des membres d’un cartel de la drogue mexicains, dirigé par le terrible Nino, qui commencent à tirer sur tout le monde. Terrorisée, Laura parvient à s’enfuir mais le lendemain, alors qu’elle demande de l’aide à un policier pour retrouver Suzu, elle est directement livrée à Nino…
Du jeune réalisateur Gerardo Naranjo, on se souvient de sa participation au film collectif Revolución avec le court-métrage R-100, qui décrivait l’errance de deux Mexicains dont on devinait le récent et violent passé. Cette fois, il s’attaque aux cartels de la drogue au Mexique et à la guerre sans merci qu’ils ( se ) livrent depuis 2006 et qui a fait plus de 30 000 morts dans le pays, dont de nombreux policiers, femmes, enfants et journalistes ( 67 tués en dix ans entre 2000 et 2010 ).
Miss Bala souffre de certaines longueurs, mais captive par son scénario et le jeu de son actrice principale, Stephanie Sigman, qui porte le film sur ses épaules. Le scénario consiste en un subtil jeu d’équilibriste, un va-et-vient constant entre les émotions contradictoires et violentes de Laura, capable de passer en cinq minutes d’une fusillade entre cartels et militaires mexicains au milieu de laquelle elle s’est retrouvée « par hasard » au podium d’un concours de « Miss Mexique » qui la couronne depuis que Nino a acheté les membres du jury.
Les évènements vécus par Laura sont aussi extraordinaires que violents. A l’effroi d’une fusillade doit succéder l’enchantement d’un podium de « Miss Mexique », à la terreur des assassinats sous ses yeux la joie et la magie d’un gala de beauté. Paradoxes pour le moins difficile à gérer émotionnellement… Pour Laura, c’est l’ébullition permanente. Mais malgré sa jeunesse et son inexpérience, malgré les meurtres autour d’elle, le traumatisme, la panique, elle garde son sang-froid. Non pas inébranlable, mais d’une maturité et d’une force mentale à toute épreuve. N’oublions pas qu’elle n’a rien demandé, elle qui doit se battre pour une cause qui lui est totalement étrangère voire la répugne !
Jeune et jolie fleur innocente qui a poussé au milieu des immondices, Laura est prise au milieu d’une guerre à laquelle elle n’a rien à voir et qui la dépasse complètement, mais elle va devoir participer directement et « malgré elle » aux activités du cartel de Nino, qui a pris en otage son père et son frère. Malchanceuse, Laura ? Peut-être. Mais pour survivre, elle ne doit justement pas penser qu’elle s’est retrouvée « au mauvais endroit au mauvais moment ».
Dans ce chaos traversé par la féérie illusoire des galas de beauté, c’est un système corrompu de A à Z que décrit Naranjo, à travers un général mexicain que l’on croit lutter main dans la main avec les Américains contre les cartels mais qui est en fait de mèche avec Nino, tueur sans scrupules d’agents de la DEA ( Drug Enforcement Administration ), le service de police fédéral américain.
Miss Bala décrit bien le chemin de croix de Laura et l’ironie cruelle de son sort, elle qui est accusée publiquement, et malgré tout ce qu’elle a vécu, d’être un membre actif du gang de Nino ! Le mérite intrinsèque de la mise en scène est de parvenir à désamorcer le « sensationnel » qui entoure chaque saisie de drogue et chaque arrestation du membre d’un cartel par les militaires ou la police mexicaine. Un spectaculaire dont les médias sont les premiers responsables et qui occultent les drames intimes vécus par les victimes. Difficile alors de ne pas penser à l’affaire Florence Cassez, dont on ne sait toujours pas si elle est responsable d’enlèvements et de séquestration ou victime d’un système qui en a fait la coupable idéale…