Hugo Cabret : Martin Scorsese nous offre une petite pépite

Info rédaction, publiée le 27 novembre 2011
Hugo Cabret sort le 14 décembre prochain

Présenté le 21 novembre dernier en avant-première à New-York, Hugo Cabret, le nouveau long-métrage de Martin Scorsese (dans un registre où on ne l'attendait pas), a remporté l'adhésion de nombreux journalistes et du public en général. Et il est très facile de comprendre pourquoi. Explications.

De Martin Scorsese, on n'avait pour l'instant retenu que les tandems qu'il forme avec certains acteurs. De Niro d'abord avec Taxi Driver, Les Affranchis, Casino ou Ragging Bull, puis Leonardo DiCaprio dans Gangs of New-York, Aviator, Les Infiltrés et Shutter Island. Mais Scorsese n'avait encore jamais donné dans le film familial. Et quand on voit la petite pépite qu'est Hugo Cabret, son dernier long-métrage, on se dit que c'est bien dommage qu'il ne s'y soit pas mis avant. Car le film est excellent sur presque tous les points. 

Martin Scorsese a choisi d'adapter le roman de Brian Selznick, L'invention de Hugo Cabret, qui conte l'histoire de Hugo, jeune orphelin qui va vivre une folle aventure après sa rencontre avec une jeune fille et son mystérieux père adoptif. La définition même du film familial et grand public en somme. Mais Hugo Cabret n'est pas que ça. Hugo Cabret, c'est aussi (et surtout) un film pour les amoureux du cinéma, sous toutes ses coutures.

Mais pour comprendre, résumons donc l'histoire, relativement banale à ses débuts. Hugo Cabret est orphelin. Recueilli par son oncle alcoolique à la mort de son père, le jeune garçon vit dans les rouages des horloges d'une gare parisienne et occupe son temps à deux choses essentielles : réparer la mécanique des horloges et surtout tenter de faire fonctionner l'automate sophistiqué laissé par son père. Hugo va rapidement rencontrer le vieux gérant d'un magasin de jouets, dont la fille adoptive va l'entraîner dans une aventure magique. Jusque là, rien de bien original, beaucoup de films familiaux ont fait bien mieux en terme d'imagination. Là où Scorsese se distingue, c'est qu'il nous emmène dans un voyage auquel on ne s'attendait pas, au coeur des débuts du cinéma. Et par début, entendons bien frères Lumière et surtout George Méliès.

Avec Hugo Cabret, Martin Scorsese a raconté avec brio les balbutiements du cinéma, à travers l'histoire à la fois touchante et tragique de George Méliès. A l'époque où personne ne croyait en l'avenir du cinéma, l'ancien magicien a tout sacrifié pour ouvrir ses propres studios mais s'est rapidement retrouvé désabusé. Aujourd'hui, de George Méliès il ne reste qu'environ 10% de ses 800 films, dont le célèbre Voyage sur la Lune. Le roman de Brian Selzvick ne pouvait que toucher Scorsese, lui même obsessionnel de la préservation et de la restauration de vieux films.

La 3D est le meilleur hommage de Scorsese

Les plus sceptiques auront tendance à dire que raconter les débuts du cinéma, faits de muet et de noir et blanc risque d'être un poil ennuyeux. Sur ce point ils ont tort et Scorsese n'est pas le seul à le dire, preuve en est du beau succès de The Artist, de Michel Hazanavicius. Mais à la différence de ce dernier, dans Hugo Cabret, Scorsese utilise tous les outils de distraction qui sont à sa disposition pour fédérer le plus de monde possible. A commencer par la 3D.

Parlons-en d'ailleurs. Regarder Hugo Cabret sans la technologie de la 3D, c'est rater tout ce qui fait la magie du film. Les décors n'en sont que plus époustouflants et surtout, la 3D se mêle superbement bien au côté vieillot des films muets. Loin de les rendre plus ennuyeux, elle les met en valeur, nous faisant presque regretter de ne plus être à l'époque des films de Chaplin. Scorsese fait ressortir toute la magie du cinéma à travers les yeux d'un enfant naïf qui découvre l'histoire de George Méliès, cet ancien magicien devenu l'un des pères fondateurs des effets spéciaux au cinéma. La 3D est le meilleur hommage que pouvait rendre Scorsese à Méliès.

Si l'on doit déplorer une chose dans Hugo Cabret, c'est la manière dont il a été vendu. Dans la bande-annonce, on a l'impression que les deux têtes d'affiche, Jude Law et Sacha Baron Cohen sont présents tout au long du film alors qu'ils ne font en fait que quelques apparitions. A noter tout de même que Sacha Baron Cohen est hilarant en surveillant de gare, mutilé de guerre et trop proche de son chien. Dommage que ses scènes soient posées sur le scénario comme un cheveu sur la soupe, pour apporter la touche d'humour qui manque au film. 

Il ne reste alors qu'à applaudir la prestation des acteurs principaux, Asa Butterfield (Hugo), Chloe Grace Morentz (Isabella) et Ben Kingsley (George Méliès) qui malgré quelques longueurs dans le scénario, portent le film à merveille. Au final, Hugo Cabret est un petit chef d'oeuvre à aller voir sans hésiter, que l'on soit petit ou grand, cinéphile ou non...

Le 14 décembre dans les salles.