Joey Starr : "Egomaniac", son opus déjà culte

par Dimitri, publié le 27 octobre 2011

Direction le studio d’enregistrement pour écouter en avant-première le nouvel album de l’artiste le plus charismatique du rap français. Cinq ans après son premier EP « Gare au Jaguarr » en 2006 il nous revient avec un album qui porte bien son nom « Egomaniac ». L’interdiction aux moins de 16 ans n’empêche en aucun cas l’écoute. Alors, effectivement Joey Starr ne fait plus dans le rap de bac à sable mais, en même temps, il n’avait jamais commencé ! En grand patron du hip hop, il nous délivre un album de 17 titres à la hauteur du personnage. 

Dès l’ouverture, le titre « Underground UP » nous hypnotise et dégomme. S’enchaîne l’incroyable single « Jour de sortie » qui annonce clairement la couleur : le Jaguarr est de retour plus puissant que jamais et certainement pas affaibli par sa carrière au cinéma avec récemment « Polisse » de Maïwenn. Performance cinématographique soulignée, il prendra certainement racine dans le septième art. C’est avec Degom qu’il enchaîne le troisième titre de l’album « Hip Hop » qui introduit une question, un constat : « Le Hip Hop il est où là ? ». 

On dirait que Joey en est toujours un bon représentant et un grand moteur, il le prouve dans la suite. Introduction faite, il est temps de rentrer dans l’univers de Joey, dans son Egotrip. La puissance du titre « Dans mon secteur » est très accrocheuse, c’est un clin d’oeil au célèbre « Nique la Police » pour certains. La production est lourde comme la majorité des titres de l’album très américains, loin de la « French touch » habituelle. Compliment en direction de Kimfu le producteur.

Egomaniac, c’est le Jaguarr dans toute sa splendeur. Avec des textes engagés, des constats… et un profond ressenti qui transpire, qui saigne dans les textes et dans le ton employé. L’interlude d’Olivier Besancenot est lunaire mais, après tout c’est du Joeystarr, que faire à part écouter et apprécier l’engagement ? « Le Fouquet’s sponsorise aussi la gauche caviar ». Loin d’être à côté de ses pompes on enchaîne sur trois titres excellents : « On te voit » adressé à Nicola Sarkozy (un soupçon de politique dans l’album ? Non, il en est truffé !). 

Bref, Joeystarr n’est pas dupe, il nous encourage à ouvrir les yeux. L’incontestable « On N On » feat. Nathy qui s’en suit fait également partie du top 5 des titres de l’album ! Très psychédélique et barré « ça tricote avant que ça parte en biscotte », avec un clin d’oeil au docteur Gyneco. Un bon trip précédé par Thomas Ngijol en interlude. Le 8ème titre « Complexe », mélancolique et fort, transmet le virus du banlieusard avec toute la force et l’émotion du grand rappeur.

A la moitié de l’album, le titre « Faut s’lever » passe un peu au-dessus, malgré une très bonne production, déstructurée et énivrante ! Après un nouvel interlude formidable « I got Kimfu on my track », deux énormes titres ! « Mon rôle » feat Oxmo Puccino avec cette phrase « Chacun sa vie chacun son monde » qui revient comme une incantation créatrice ! Ce titre est presque religieux... « Mamy » feat Nicoletta est dans la même dynamique, l’émotion est palpable et le morceau est incontestablement le meilleur de cet album au coude à coude avec « Mon rôle ». La prise de conscience et le lâché prise de l’artiste sont jouissifs.

Les titres « Champagne » et « Affamé » servent les fans de Joeystarr qui l’aiment dans les hurlements, la pleine puissance. Mais cela ne retire en rien la qualité des titres. Enfin le fameux « Je paie pas » feat. Phénomène pour finir l’EP avec un superbe « J’peux pas j’peux pas j’paie pas » qui entre en tête. Une conclusion ? Le Jaguarr n’en est plus un ! Il est enfin lui-même, mature, conscient de sa sensibilité. Joey assume pleinement sa personne. « L’egomaniac » n’est qu’une couverture. Il a toujours cherché qui était Joeystarr. Le comparer à un Jaguarr était une erreur. « Egomaniac » s’intéresse à la naissance d’un homme conscient, qui était destiné à briller. Le jour de sortie pour nous c’est le 31 octobre.