K-Reen en toute intimité avec notre reporter Salim F. Zeghache chez News-de-stars

News-de-stars est allé à la rencontre de K-Reen quelques minutes avant son showcase où elle présentait à ses fans, son nouvel album Himalaya (lien non disponible). Carrière, coup de foudre, retour, la chanteuse phare du r'n'b français nous dit tout !

News-de-stars : Bonsoir K-Reen, pourquoi six ans d'absence ? Cela ne représente-t-il pas un risque pour un artiste de laisser passer autant de temps entre deux albums ?

Ca dépend pour qui, moi je ne suis pas une artiste d'aujourd'hui qui doit absolument être dans l'actualité pour rester. Moi, j'ai vraiment besoin de temps pour trouver l'inspiration et donner des bonnes choses. Dans la précipitation on peut donner des choses moyennes et ça ne sert à rien, je préfère privilégier la qualité plutôt que la quantité.
Tu as créé ton propre label, était-ce un choix ou était-ce parce que les maisons de disques ne te faisaient plus confiance ?
J'ai toujours voulu avoir mon label, le système des majors ne me plaisait plus trop. C'est certain que si on m'avait fait une super proposition, j'aurais été en major, mais j'aurais quand même créé mon label car j'ai toujours eu cette volonté de produire d'autres artistes. C'est pour eux que je l'ai créé en réalité. Aujourd'hui quand tu signes dans un label, on ne te donne rien, mais on te demande beaucoup. On n'a pas de liberté artistique, honnêtement pour quelqu'un comme moi il est plus intéressant d'être en indépendant.

Tes deux premiers albums avaient pourtant bien marché. Tu as même par la suite continué à travailler avec une équipe, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

J'étais signée sur le label de Michel Sardou appelé Trema. Ils comprenaient mal ma musique donc c'était un combat perpétuel pour faire passer des choses et ça devenait fatiguant. J'ai alors cassé mon contrat et j'ai travaillé avec une autre équipe avec qui mon projet n'a pas abouti. J'ai perdu du temps, mais me revoilà avec un album. Je ne me suis pas rendue compte que j'étais partie du devant de la scène, puis je me suis réveillée quand mon public me demandait: "Quand reviens-tu?", là j'ai compris qu'il y avait un manque. Ca m'a redonné envie car le r'n'b, la couleur que ça avait pris en France, je ne pouvais rien y apporter, et puis on entend beaucoup de choses du genre "Tu es trop vieille pour ce genre de musique". Tu te poses alors pas mal de questions et il faut se retrouver. J'ai alors enregistré d'autres sons, j'ai retrouvé l'inspiration et je me suis convaincue moi-même que j'avais encore des choses à dire, à apporter et quand j'étais prête, j'ai sorti cet album.
Tu as douté de toi, de ton envie de continuer ?
Chanter, non, j'aurais toujours voulu chanter. Mais le problème n'est pas de vouloir, mais de pouvoir. Quand on te dit "K-Reen c'est du passé" et qu'on ne te renvoie qu'à tes featurings, bien que je sois contente de les avoir faits, c'est difficile. Arriver avec des nouvelles choses et qu'on te dise: "Oui, mais c'était mieux avant" sans cesse, tu te demandes si jusqu'à soixante ans tu vas chanter tes classiques ? Je pense que c'est ce qu'il va arriver (rires), mais je veux faire de nouveaux classiques.

"On peut dire que je m'éparpille un peu et que c'est mon défaut"

Entre temps, tu as travaillé pour d'autres artistes, tu as composé pour Angunn, Melissa M et même fait des chœurs pour elles, cela t'a plu de rester dans l'ombre ?

Au-delà de rester dans l'ombre, ce qui m'a plu c'est de continuer à faire des choses. J'aime travailler pour les autres surtout quand ça donne de belles choses. Si ma voix peut embellir je n'hésite pas à faire des chœurs. J'ai commencé par les chœurs, je pourrais avoir de l'égo et dire "Oui je suis une chanteuse maintenant, je ne fais plus de chœurs". Mais non, j'aime faire plaisir. On peut dire que je m'éparpille un peu et que c'est mon défaut, mais ce n'est pas grave car j'aime bien cela.
Toujours durant cette période "d'absence", tu es apparue sur la bande originale de Taxi 4, mais tu as sorti en 2009 un titre écologique intitulé Sauver le monde, tu voulais sauver la planète, explique-nous ?
Pour tout te dire, j'étais encore sous le choc de la mort de Michael Jackson qui était très engagé dans cette cause. C'est un mélange de prise de conscience et en même temps j'avais envie de parler de ça. C'était une façon de revenir avec quelque chose de différent, je voulais parler d'autre chose et sans te mentir me faire aussi remarquer. Ce n'était pas très risqué de parler de l'écologie en même temps, et sur ce morceau était la manière de m'engager un petit peu pour une cause.
Tu avais déjà chanté pour "les voix de l'espoir" à l'époque, tu es une artiste engagée en fait ?
Dès que je peux défendre quelque chose je le fais. Si je ne me considère pas comme une artiste engagée c'est parce que je ne sais pas lancer la bataille. Je vais plutôt appuyer des causes, avec ma présence et ma voix, mais moi seule je ne pourrais pas le faire.

Quand tu entends le nouveau r'n'b d'aujourd'hui représenté par des artistes comme Kenza Farah etc. Cela te fait mal au cœur, toi qui a connu l'âge d'or du r'n'b en France ?
Sans viser personne, c'est vrai qu'il y a des choses qui font mal au cœur. Il faut accepter que le r'n'b évolue et je considère que lorsque tu es un artiste qui vend des disques, c'est parce que les gens t'aiment. Moi j'ai estimé que ce r'n'b là ne me convenait pas, mais c'est qu'il y a une demande si ça marche. Je ne peux pas affirmer que c'est mauvais et par conséquent que tous ces gens ont mauvais goût. Il y a deux générations de r'n'b, celui de mon époque, des années 90 avec moi, Vibe et celui d'aujourd'hui pour les plus jeunes. Il faut juste laisser ce nouveau r'n'b aux petits et accepter qu'il y a un r'n'b d'adulte, lequel on ne veut pas laisser exister en France. C'est un peu dans cette démarche-là que je suis revenue afin de réhabiliter ce r'n'b auprès des gens qui ont grandi avec des artistes comme moi. J'ai commencé à 20 ans, aujourd'hui je suis plus mûre, j'écouterais toujours du r'n'b, mais du r'n'b d'adulte je n'en trouve pas en français alors qu'aux États-Unis, ce n'est pas du tout tabou d'écouter du R.Kelly qui parle de problèmes de tous les jours, des sujets parfois plus crûs. Alors qu'en France, le r'n'b c'est tout de suite des chansons avec des thèmes pour ados.

"J'ai craqué pour Oxmo Puccino à un moment"

Rien ne transparait de ta vie privée, entre toi et Oxmo Puccino c'était purement professionnel ?
Est-ce qu'il y avait un truc en plus, peut-être, peut-être pas ? (rires) J'ai craqué pour Oxmo Puccino à un moment, mais non il ne s'est rien passé. Après c'est difficile, il est tellement talentueux, tellement magnifique.
On sent une certaine admiration (rires)...
Oui, je l'admire beaucoup.
Tu as fait des feats à succès avec lui d'ailleurs, ne penses-tu pas avoir été prisonnière de toutes ces collaborations de qualité ?
Je ne peux pas dire que j'ai été prisonnière car c'est grâce à elles que je suis sortie de l'anonymat en fait (rires). Mais il est vrai qu'il est difficile de sortir de cette case, mais j'estime que je n'ai pas le droit de me plaindre. Je vois ça toujours très positivement.

Ce nouvel album contient deux duos, dont Comme Avant en feat. avec le rappeur Youssoupha, très en vogue en ce moment. C'est toi qui les a contacté ? Pourquoi ne pas avoir collaboré avec des groupes très commerciaux comme Sexion D'assaut ?
Chaque chose en son temps. Je ne peux pas faire tous les featurings en même temps, surtout qu'on m'a reproché d'en avoir trop fait. Au départ pour cet album, je ne voulais aucun feat, mais il manquait la touche rap sur certains morceaux donc j'ai choisi Youssoupha, car artistiquement j'aime beaucoup. C'est moi qui l'ait contacté et il a accepté.

"Un duo d'amour avec Booba, j'en doute"

Et un duo avec Booba, ça te dirait, un hymne à l'amour avec lui dans le style du Fruit défendu avec Mystik ?
Un duo avec lui, oui pourquoi pas. Par contre un duo d'amour avec Booba, j'en doute (rires).

Tu es donc encore favorable aux featurings, tu ne fermes pas la porte aux duos ?

Non, par contre je vais être plus sélective.
Pourquoi as-tu nommé ton album Himalaya ? Est-ce le sommet de ton art ?
C'est le sommet de tout (rires) ! On peut toujours mieux faire c'est sûr, mais moi j'étais au maximum. J'y raconte ma vie, tout ce que j'ai traversé tout ce temps, les obstacles à franchir etc. C'était comme soulever des montagnes. Travailler en indépendant, être seule, et porter tout son business sur les épaules, ce n'est pas facile et c'est pour cela que je suis vraiment contente que cet album ait vu le jour.
Quatorze ans après ton premier succès, les gens se souviennent encore bien de toi, tu es considérée comme une pionnière du r'n'b en France, ça te flatte ?
Ça me flatte oui, car à l'époque où le r'n'b n'était pas à la mode, c'est des gens comme moi, Ashim etc. qui avaient pris les remarques, le revers des gens, on a bien aplani le terrain pour les autres derrière. Ça me fait très plaisir d'avoir pu marquer la musique française, ne serait-ce que le r'n'b car je suis partie de rien. Je venais de Créteil, je ne connaissais personne, j'étais dans une famille à problèmes, je suis partie, j'étais livrée à moi-même. Aujourd'hui, avoir pu remonter la pente, le fait que des gens qui ont réussi mieux que moi me citent dans des interviews comme référence, je kiffe, j'ai réussi.
En 2009, tu te rases la tête, était-ce la tendance Cassie, ou à la française, celle de Laâm ou juste un envie de changement ?
(rires) Non ce n'était pas pour les tendances, j'ai toujours aimé le changement. J'ai toujours été une punk, aujourd'hui, on me retient (rires). A 14 ans je m'étais rasée la tête des deux cotés, je m'étais ratée, aujourd'hui j'ai fait disparaître ces photos. J'avais envie de me démarquer encore une fois. C'est vrai que c'était un peu choquant pour mes fans après coup, j'étais un peu timbrée (rires).
Tu avais essayé les mèches de couleur bleue quelques années avant...
(rires) Oui aussi, avec un petit de marron. Je m'amuse avec mes cheveux car je m'ennuie sinon, je n'ai pas envie d'avoir toujours la même tête. Entrer dans la masse, ce n'est pas amusant.

Le clip de ton nouveau single Comme Avant a été tourné en Guyane, c'est un clin d’œil à tes origines ?

Oui, c'était un big-up à ma famille. Pratiquement tous les gens qu'on voit dans le clip font partie de ma famille, même le serpent (rires).
Et le boys band bodybuildé aussi ?
Non, ça c'est des amis de la famille. Une vraie publicité pour le sport !
J'ai écouté ton album, même s'il y a de nouvelles sonorités, il reste plutôt traditionnel, ce n'est pas un risque d'aller à contre-courant de ce qui ce fait en ce moment, notamment la tendance house/r'n'b comme l'appliquent Rihanna ou Chris Brown?
Je pense qu'il est encore plus risqué de vouloir faire la jeune et celle dans le coup. Ma démarche était vraiment de revenir avec du pur r'n'b, c'était un choix. J'ai fait quelques expériences auparavant, mais je voulais qu'Himalaya soit exclusivement r'n'b/hip-hop. C'est mon choix.
De quoi parle cet album ?
Essentiellement d'amour, il y a tellement de facettes dans l'amour, il se passe toujours plein de choses. On se retrouve, on se fait larguer, on ment, etc... C'est un thème inépuisable. Par contre j'ai aussi un morceau qui porte le nom de l'album et qui donne envie de partir, de s'évader, j'étais dans cet esprit quand je l'ai composé. Avec les temps qui courent, la crise etc. La France et ce cercle morose, je n'avais qu'une envie, c'était de bouger sur une plage et on le sent, écoutez-le.
Il y a même un titre écrit par Matt Houston, qu'est-ce qu'il devient ?
Oui, c'est vrai le morceau s'appelle Dilemme, Matt prépare des choses et ça va être du lourd. J'ai entendu des sons qui sont supers et je voulais vraiment lui faire honneur avec ce titre, un vrai slow r'n'b qui montre qu'on est amis, qu'on est proches et qu'on se serre les coudes.
Les chanteuses de l'époque, Assia, Jalane, Tilly Key, es-tu restée en contact avec elles ?
J'ai quelques news, on se croise. On continue à enregistrer des chansons en studio ou ailleurs. J'espère qu'il y aura un retour de toutes ces chanteuses même si la musique c'est vraiment dur en ce moment. Le public doit comprendre que si elles ne respectent pas les dates de sorties prévues, c'est parce que ce n'est plus comme avant.

"Je n'ai pas attendu la queen du hip/hop soul pour savoir ce que je voulais faire" 
Si tu devais te comparer à une artiste américaine, ce serait Mary J. Blige qui allie le chant et le rap ?
C'est trop facile de dire ça, je l'aime tellement. C'est vrai que je m'identifie à elle, c'est une idole, elle a tellement de charisme, son côté street lié à sa voix soul-r'n'b j'aime beaucoup. Nos styles se rapprochent, mais je n'ai pas attendu la queen du hip/hop soul pour savoir ce que je voulais faire. Même si j'ai toujours été impressionnée, elle est tellement stylée !

Tu vas monter sur scène ?
Oui, au mois de septembre 2012, j'ai très hâte. Je suis prête depuis longtemps, j'ai déjà une idée de la forme qu'il aura. J'ai fait des concerts en Afrique où j'ai fait des rencontres formidables, ici on se plaint de tout, mais eux font beaucoup avec peu. Chez nous, tu sors un morceau pour lequel tu as travaillé dur, tu vas sur le net et tu lis des commentaires du genre "c'est naze, elle fait genre etc.", là-bas c'est différent. Au-delà de l'esprit critique, ils savent apprécier la vibe.

Un de tes titres est d'ailleurs connu en Afrique du Nord, un duo avec la chanteuse Amal...
J'adore traverser les frontières, c'est trop cool. Le titre Bienvenue, c'est l'histoire d'un jeune qui s'appelle Mohamed qui ne connaissait personne dans le milieu et qui voulait sortir une excellente compilation et bien qu'il y ait eu de grosses pointures comme Diam's à l'époque dessus, personne ne voulait la signer. Je pensais que le morceau n'allait jamais sortir, or il l'a donné à DJ Kim et à partir de là, il a tourné et a connu le succès que tu connais. Il a marché tout seul ce morceau, aujourd'hui il passe dans les mariages orientaux etc. C'est marrant, j'adore !

Tu aurais-pu passer par des émissions comme The Voice pour ton come-back ?
Non, jamais de la vie. Je ne peux pas, je n'ai rien contre, mais ce n'est pas pour moi. Aujourd'hui jusqu'à présent j'arrive encore à vivre de ma musique, j'écris pour les autres et j'ai beaucoup de mélodies en stock pour moi et pour eux.

Retrouvez K-Reen le 4 mai 2012 à Toulouse au Room 157, le 5 mai 2012 à Amiens pour la soirée des "On va faire le show awards" et le 13 juillet 2012 au Festival Quissac en folies.

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