Leila Bekhti : l'actrice montante du cinéma français

Spontanée, sensible, drôle, la jeune femme de 27ans vient de signer avec L’Oréal et séduit les metteurs en scène français. Il y a chez cette très jolie brune un côté spontané, extraverti, tout simple au fond qui la rend si attachante, si différente, peut-être unique. A 27ans, d’origine algérienne, Leila Bekhti est l’actrice qui monte en ce moment, l’espoir numéro un du cinéma français. Il suffit de feuilleter les magazines de ces dernières semaines, elle est partout. «Toutes derrière et elle devant» titre le magazine Elle à son sujet dans un dossier consacré aux nouvelles stars du cinéma français.

Plus intello, Le Nouvel Observateur la cite parmi les douze artistes qui, tous domaines confondus, vont «faire» 2012 aux côtés entre autres, excusez du peu, du couturier Marc Jacobs et de l’actrice américaine Michelle Williams, qui campera bientôt Marilyn Monroe. «Leila fait souffler un air frais sur le cinéma» enchaîne l’hebdomadaire Be. En ce moment, Leila est à l’écran avec Guillaume Canet dans «Une vie meilleure», une histoire d’amour plutôt triste sur fond de surendettement. Et elle tourne à New York, «Nous York», une comédie très attendue, la suite de «Tout ce qui brille» (2010), film devenu culte qui l’avait d’un coup propulsée en haut de l’affiche.

Au côté de Géraldine Nakache – également réalisatrice et devenue l’une de ses meilleures amies – elle était une jolie banlieusarde rêvant de paillettes à Paris, un destin très proche de sa vraie vie. Leila est très différente de ces actrices qui cultivent leur prétendue aura, entretenant le mystère autour d’elles et refusant de répondre à toute question en dehors du cinéma. Algérienne d’origine, venant de la banlieue parisienne, elle a en permanence l’envie d’exprimer à la face du monde la chance qu’elle a, le bonheur qu’elle ressent, son privilège d’être devenue actrice.

Mais elle ne veut pas s’ériger en exemple, donner de leçon, elle veut simplement dire que c’est possible. Elle a toujours fonctionné à l’affect, riant, pleurant aussi beaucoup dans la vraie vie. «Je ne vais pas me lamenter, glisse-t-elle à Be, mon métier me comble tellement, je suis payée pour être heureuse. Un comédien qui se plaint, je trouve cela indécent.» En 2010, son rôle dans «Tout ce qui brille» lui avait valu le César du meilleur espoir féminin. Lors de la remise du prix, Leila avait bouleversé le public entre rires et sanglots, comme à son habitude : alors que son décolleté si sexy n’arrêtait pas de se décrocher, elle avait remercié l’auditoire avec une telle sincérité, une voix si chevrotante que tout le monde s’était mis à pleurer.

L’an dernier, elle a discrètement épousé Tahar Rahim, son exact pendant masculin, autre grand espoir du cinéma français – il a été révélé par «Le Prophète» de Jacques Audiard –, lui aussi d’origine algérienne. Interrogé sur le sujet, Leila dans un premier temps déclare «ne pas vouloir en parler» avant de se laisser aller : «Pour moi, Tahar est le plus beau, le plus grand, quelqu’un de rare. Mais je préfère lui faire des déclarations d’amour sur mon canapé que dans les magazines.» Selon elle, c’est grâce à son entourage qu’elle garde les pieds sur terre. «Après un tournage où tout le monde a été aux petits soins pour moi, je rentre souvent chez ma soeur.

Quand j’ouvre le frigo et que je m’exclame «Y a rien à manger dans cette maison», elle me répond «t’as faim, eh bien, descends» en me montrant le Monoprix en face. Il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie, mais ça n’est rien si je ne peux le partager avec ceux que j’aime.» Sa vie, même si c’est un cliché, ressemble à un conte de fées. Elle a passé son enfance à Issy-les-Moulineaux, à quelques stations de métro du centre de Paris. «Je n’ai jamais eu honte d’être une banlieusarde et d’habiter en HLM. Mes parents étaient immigrés d’Algérie. C’était très joyeux et très aimant à la maison. Mais ma maman était intraitable : on devait travailler à l’école.»

Après son bac littéraire, Leila a dû prématurément abandonner son rêve de s’occuper d'handicapés. «J’ai travaillé une semaine dans un centre, mais j’avais tellement honte d’être en bonne santé que je partais aux toilettes pour pleurer.» Elle a pris ensuite des cours de théâtre en vivotant grâce à un petit boulot dans le magasin de fringues tenu par son frère et sa soeur. Le tournant est survenu en 2005 : un ami l’ayant exhorté à se présenter à un casting pour le film «Sheitan» avec Vincent Cassel, Leila y est allée sans la moindre illusion. «Je voulais seulement pouvoir dire plus tard à mes enfants : «Votre mère, un jour, elle a failli faire un film.»

Aujourd’hui, comme une consécration, L’Oréal vient de la choisir comme nouvelle ambassadrice, elle rejoint ainsi une belle brochette de stars du cinéma, hollywoodien notamment. Leila qui croit très fort au destin qui «t’emmène là où tu dois aller» espère ne jamais perdre sa capacité d’émerveillement. «C’est la routine qui me fait le plus peur. N’être jamais blasée, continuer à douter.» Sans choisir son camp, Leila, à quelques mois de la présidentielle, se contente de déclarer : «Les jeunes, dans les banlieues, seraient moins en colère s’ils avaient la possibilité de s’exprimer, comme j’en ai eu la chance.»