Interview Maxime Simoëns : "Je suis anti tendance"

Info rédaction, publiée le 01 février 2012
Le talentueux Maxime Simoëns

A l'occasion de la Fashion Week haute couture, News-de-Stars s'est entretenu avec Maxime Simoëns. Le jeune créateur de 27 ans a répondu à nos questions mode et nous en a dit un peu plus sur son sublime défilé.

News-de-Stars : Vos défilés racontent toujours une histoire, cette année vous avez choisi Enter The Void de Gaspar Noé, pourquoi ce film a attiré votre attention ?
Maxime Simoëns : Il y a toujours un film qui inspire la collection, la saison dernière c'était Nosferatu, un film des années 20 donc très ancien et là justement j'avais envie d'une modernité. En général j'aime bien passer d'un film à un autre mais vraiment radicalement différents. Le film de Gaspar Noé parle de la modernité japonaise en mélangeant le côté un peu occidental, c'était un bon thème pour développer un univers radicalement différent de ce qu'on avait déjà exploité.

Comment faites-vous pour retranscrire l'univers d'un film dans vos collections ?
C'est assez personnel. Je regarde plusieurs fois le film, je ne retiens que les éléments qui me touchent et après j'essaye de créer un univers à partir de ça. Je me sers de pleins de photos, d'images, de captures d'écran du film et tout ça me fait un panneau, une ambiance. De cette ambiance en découle les différents actes de la collection qui me permettent de créer et d'avoir une cohérence tout en racontant à travers la collection une histoire, ce n'est pas linéaire, c'est comme un film avec des séquences.

"Zara et H&M sont des pros de la copie"

Comment pourriez-vous qualifier votre style ?
Architecturé, travaillé, féminin, assez technique dans le sens que c'est artisanal, c'est le savoir-faire français, du travail fait à la main et j'essaye d'être innovateur au niveau des matières et des coupes.

Avez-vous des matières ou des pièces de prédilection ou que vous affectionnez particulièrement ?
Je n'ai pas vraiment de matières de prédilection, j'aime bien justement innover et en l'occurrence pour cette collection, j'ai innové en utilisant du liège, du plastique, des cuirs perforés, du métal. J'essaye d'utiliser un panel très large de matières et de ne pas me focaliser sur des matières spécifiques.

Au-delà des films, où puisez-vous votre inspiration, vos influences ?
C'est très large, effectivement il y a les films mais aussi la musique. Bien souvent la musique du défilé est très en amont dans la préparation des silhouettes. Je baigne dans l'ambiance d'un univers musical mais il y a aussi la lecture, la peinture, les photos, c'est assez large. Ça peut aussi être dans la rue, des attitudes qui donnent justement des silhouettes et qui peuvent m'inspirer et justement me pousser à créer des pièces.

"Il y a une démocratisation de la mode mais qui parfois se fait à l'encontre du respect de la création"

Y-a-t-il quelqu'un avec qui vous aimeriez collaborer ou participer à un projet en particulier ?
Pour l'instant j'ai déjà beaucoup de projets. Je travaille déjà pour Léonard avec la collection que je dois présenter en mars, j'ai la mienne à la fois en couture et en prêt-à-porter et ça me fait au total 5 collections tous les 6 mois, je ne chôme pas (rires) donc des projets j'en ai déjà suffisamment !

Comment se passe votre collaboration avec la maison Léonard ?
Très bien. C'est une maison qui est très intéressante puisqu'elle est très créative, il y a un bon passé. Après justement, il faut savoir faire le consensus entre les choses qui sont un peu passées et leur donner une modernité et leur apporter la jeunesse actuelle et c'est ce que j'essaye de faire, je travaille dessus ardemment.

Ce n'est pas difficile de garder sa propre identité lorsque l'on travaille pour une autre maison ?
C'est plutôt l'inverse parce-que mon identité est plutôt personnelle, elle est vraiment propre donc ce que je dessine est forcément le reflet de ma personnalité. Quand je travaille pour une autre marque, je dois m'adapter. Dans le cadre de Léonard, comme l'ADN principal de cette maison c'est les imprimés, je peux les travailler à leur manière. Comme moi je ne fais pas beaucoup de fleurs et que le cœur de Léonard c'est les fleurs, je peux les traiter d'une manière totalement nouvelle et comme ça ne m'est pas familier je peux me lâcher, mais ça reste personnel, c'est toujours mon style, c'est plus un jeu sur les couleurs et les imprimés que je reprends.

"Mélanie Laurent est une femme authentique malgré l'image que les gens ont parfois d'elle"

Pensez-vous lancer une ligne masculine un jour ?
Qui sait, oui peut être. Aujourd'hui ce n'est pas encore à l'étude mais on verra bien ce que l'avenir nous dira (rires).

Si vous avez eu le temps de regarder les autres défilés de la Fashion Week parisienne, quels sont ceux qui vous ont plu ?
J'ai beaucoup aimé Givenchy. J'ai trouvé ça très joli, féminin, structuré, j'aime bien ce côté modernité classique et c'est ça qui est intéressant. Après il (Riccardo Tisci, directeur artistique de Givenchy ndlr) a beaucoup plus de moyens que moi puisque c'est une grande maison mais justement avec les moyens qu'il a, il ne tombe pas dans l’opulence, il est dans la justesse et c'est ça que je trouve particulièrement bien réussi.

"Parfois je suis déçu par une personnalité et je n'ai pas spécialement envie de l'habiller"

Avez-vous un créateur ou une maison fétiches, que vous admirez, qui vous inspire ?
Non, j'aime certaines choses à droite à gauche et c'est justement ça qui cultive ma personnalité. C'est à dire que je ne m'identifie pas à un créateur ou à une maison, j'ai aimé certaines choses de chez Balenciaga, certaines choses de chez Givenchy, d'autres de chez Chanel. C'est très sporadique et c'est ce qui me permet d'être moi-même, c'est ce qui forme ce que j'aime. Si j'aimais particulièrement une maison, je ferais des collections similaires. Ce que l'on voit souvent chez les autres créateurs, après avoir passé des années dans une grande maison, ils ont été formatés et on voit que le formatage a laissé des empreintes lourdes dans leur style et que quoi qu'ils fassent, ils ont du mal et auront toujours du mal à se dépêtrer de leur cursus. Je n'ai pas envie de ça, j'ai justement envie de me libérer et de garder ma personnalité.

Chez qui vous habillez-vous ?
Chez Barnabé Hardy.

Après Mélanie Laurent et Beyoncé, quelles femmes aimeriez-vous habiller ?
Il y a plein de femmes que j'aimerais habiller. Penelope Cruz je la trouve très jolie, mais aussi Kirsten Dunst, Angelina Jolie, Charlize Theron, Natalie Portman, il y a des milliers de femmes qui ont un certain charisme, un certain charme. Mais après c'est aussi les rencontres, parfois je suis déçu par une personnalité et je n'ai pas spécialement envie de l'habiller ou je n'ai plus envie parce-que leur tempérament ne me correspond pas. C'est un échange, ce n'est pas uniquement le reflet de leur physique. C'est justement ce qui m'a plu chez Mélanie Laurent, elle est une femme authentique malgré l'image que les gens ont parfois d'elle. Ils pensent qu'elle est hautaine alors que c'est juste à dix mille lieues de sa personnalité. Elle n'est pas du tout comme ça.

"Le mauvais-goût est peut-être le bon goût de l'un et le bon goût de l'un sera peut-être le mauvais goût de l'autre"

Quel regard portez-vous sur la mode d'aujourd'hui, pensez-vous qu'elle peut-être accessible à tout le monde ?
La mode est de plus en plus accessible à tous, on se souvient il y a 15  ans quand il n'y avait pas des Zara et des H&M à chaque coin de rue, les gens s'habillaient moins pointu. Et même les gens qui pouvaient se permettre d'aller dans les grandes maisons n'allaient pas chez Zara et H&M. Maintenant, tout le monde y va. Il y a une démocratisation de la mode mais qui parfois se fait à l'encontre du respect de la création. Parce-que Zara et H&M sont des pros de la copie, ils sont capables de copier des modèles en prêt-à-porter et de les vendre bien avant que les maisons de luxe les mettent en commercialisation puisque la commercialisation prend 4 à 5 mois. Eux, ils ont un système de création rapide : en 3 semaines ils sont capables de sortir une collection, parce-que ce sont de grandes machines. Donc je trouve ça un peu honteux et je n'aime pas ce principe. Après c'est normal que la mode se démocratise mais je n'aime pas l'idée de la copie.

Quels sont les indispensables des prochaines saisons ?
Je suis anti-tendance. La tendance pour moi elle est abstraite à partir du moment où on doit mettre ce qu'on a envie d'aimer, le mauvais-goût est peut être le bon goût de l'un et le bon goût de l'un sera peut-être le mauvais goût de l'autre. Donc il n'y a pas de tendance. Je pense que tous ces magasins qui essayent de nous faire croire que la tendance c'est tel ou tel imprimé ce n'est peut-être pas la réalité parce-qu'au fond ce qui est bien, c'est que chacun trouve son propre style, qu'il mette ce qu'il a envie et ce qui lui plaît, c'est justement ce qui fait la diversité et la personnalité de chacun.

Pour voir le défilé haute couture printemps/été 2012 de Maxime Simoëns, cliquez sur le lien ci-dessous :

http://www.news-de-stars.com/maxime-simo%ebns/maxime-simoens-le-defile-haute-couture-printemps-ete-2012_art62810.html

Information exclusive. Toute reproduction interdite sans la mention explicite du site News-de-Stars.