
My week with Marilyn, La dame de fer, J. Edgar, Cloclo... Qu'est ce que ces films ont en commun ? Le fait d'être des biopics ! 2012 est d'ailleurs une année particulièrement riche au genre... Mais cela ne deviendrait-il pas un peu too much ?
Il suffit de se rendre dans n'importe quel cinéma pour s'en convaincre : la plupart des grosses sorties actuelles font la part belle aux biopics, un genre qui a explosé ces dix dernières années. Un moyen de remettre un artiste à la mode, une sorte de consécration pour les acteurs qui jouent ces rôles et un bon moyen de jouer avec les souvenirs du public, le biopic semble présenter beaucoup d'avantages. Mais trop de biopics ne sont-ils pas en train de tuer le biopic ?
Car il faut bien le reconnaître : produits à la chaîne, les biopics, sont, avec les suites et les prequels, le support privilégié des producteurs de cinéma. Il faut parler au public de ce qu'il connait déjà et rien de tel qu'un bon biopic pour faire l'affaire. Gage de sécurité pour les producteurs qui estiment que le public ne pourra résister à l'envie de voir un biopic sur Marilyn Monroe au cinéma par exemple (surtout l'année du 50ème anniversaire de sa mort !), il s'agit de couvrir toutes les personnalités importantes du XXème siècle avant que la concurrence ne le fasse.
Cette stratégie contamine même les auteurs importants, qui n'ont su résister à la mode : Clint Eastwood avec J. Edgar et bientôt A star is born, David Cronenberg avec A dangerous Method, Steven Soderbergh avec El Che, ou encore Gus Van Sant avec Harvey Milk. Mais ne boudons pas notre plaisir, certains de ces films sont de véritables bijoux qu'il serait injuste de mêler au tsunami de biopics sans grand intérêt qui déferlent sur le paysage cinématographique contemporain.
En outre, on peut imaginer que cette mode n'est pas prête de s'arrêter : en plus de trouver un grand succès auprès du public, les acteurs semblent en redemander. Interpréter un grand homme ou une femme célèbre pour une star semble être devenu une sorte de consécration et surtout, surtout, une bonne chance d'obtenir une certaine précieuse statuette. Il suffit de regarder quels sont les derniers acteurs primés ces dernières années aux Oscars : Meryl Streep dans La dame de fer (dans lequel elle incarne Margaret Thatcher), Colin Firth pour Le discours d'un roi (dans lequel il incarnait le roi George VI), Sandra Bullock dans The Blind Side (dans lequel elle incarnait la mère adoptive du footballeur Michael Oher), Sean Penn pour Harvey Milk, Marion Cotillard pour La Môme... La liste est encore longue ! Même un film comme The Artist semble reprendre la structure du biopic !
Mais pourquoi diable récompense-t-on si largement les acteurs de biopics ? Pour commencer, il faut bien reconnaître que les acteurs choisis sont souvent de très bons comédiens. Mais il y a évidemment quelque chose d'autre. Le biopic, c'est tout simplement l'art de la performance. Il y a un référent à imiter, et l'Oscar récompense l'acteur qui aura su faire disparaître son visage célèbre derrière un autre visage célèbre. Aussi, que ne se sera-t-on pas extasié devant le maquillage outrancier de Leonardo DiCaprio dans J. Edgar, que n'aura-t-on pas écrit à tout va à quel point la ressemblance entre Marion Cotillard et Edith Piaf était troublante dans La Môme ou encore à quel point Jérémie Rénier avait su imiter les pas de danse de Cloclo !
Le biopic, c'est l'assurance pour un acteur de voir sa performance disséquée par le public et par la critique, et peut-être d'en être récompensé. Du coup, tout le monde veut son biopic. Lindsay Lohan sera bientôt Elizabeth Taylor dans un téléfilm pour la télévision américaine - une première vient d'ailleurs d'être dévoilée (voir ici) - tandis que Ashton Kutcher se glissera dans la peau de Steve Jobs dans un biopic sur le créateur d'Apple !
Cette manie connaît donc des dérives. Beaucoup d'acteurs ne se contentent plus de jouer le personnage principal du biopic, ils le singent. Ils n'incarnent plus, ils imitent. Ils ne pénètrent plus, ils se déguisent. Et les films suivent. La plupart des biopics se ressemblent tous dans leurs structures et deviennent une succession de moments de vie plus ou moins connus d'une personnalité célèbre, sans lien réel entre les scènes, sans fil conducteur permettant à l'auteur bien caché derrière le film d'imposer un regard. Il ne s'agit que d'observer Leonardo DiCaprio jouer à, ou Michelle Williams jouer à.
Mais ne soyons pas injustes. Quelques cinéastes particulièrement talentueux ont su s'approprier la structure hyper-classique du biopic pour créer une forme audacieuse et réellement inventive. Nous ne dirons pas quels sont ces films qui, à notre avis, ne rentrent plus dans la catégorie "biopic" tant ils s'en distinguent par bien des aspects. A vous de vous forger votre opinion !
