Nuit Blanche : un polar devant lequel on ne s'endort pas

par Legenoudeclaire, publié le 15 novembre 2011

Synopsis : Un flic dérobe un gros sac de cocaïne à des trafiquants, mais il est identifié au cours de l’opération. Les truands prennent alors son fils en otage. Vincent doit faire l’échange – son fils contre le sac – dans une boîte de nuit tenue par les mafieux. La nuit qui commence sera la plus longue de sa vie et peut-être même la dernière. Alors que la bande-annonce était plutôt classique, on est surpris par la forme du film. Sans avoir vu les autres films de Frédéric Jardin, on imagine que le traitement devait être assez classique et qui plus est, qu’il s’agissait de comédies. Ici, on est dans l’urgence, caméra à l’épaule, on suit Vincent, on souffle avec lui, on souffre avec lui.

Ici on est dans un monde de brutes, et même les « gentils » pour s’en sortir sont « méchants »… Sur le fond, beaucoup de violence… Certains spectateurs ont pensé à un jeu vidéo, moi mais on ne peut s’empêcher de comparer avec certaines séries télévisées, en particulier la série américaine 24 (c’est plutôt un compliment car le rythme de la saison 1 et les rebondissements étaient hallucinants.) On pense aussi à « Pour elle » de Fred Cavayé, sauf qu’il s’agit de faire évader une femme de prison. Dans un autre registre la violence montrée et le stress engendré par le film font penser à « Drive » ( même si la mise en scène est différente et que les deux films n’ont rien a voir), ou des films du genre « Les affranchis ».

Du côté de l’interprétation, le casting est hétéroclite. Tomer Sisley (Largo Winch himself) fait le job. Il était attiré par le côté Monsieur tout le monde dépassé par les évènements. Serge Riaboukine, un peu cliché dans son rôle de mafieux corse mais émouvant vers la fin, Julien Boisselier, dans un rôle qui change radicalement de ses habitudes, Joey Starr (après Polisse, où il interprète un flic, ici il joue un dealer. Une de ses répliques restera culte : « Est-ce que j’ai une tête à faire des crêpes ? »), Laurent Stocker (sociétaire de la Comédie Française dont le talent est hélas totalement sous – exploité, on aurait aimé le voir plus à l’écran), Birol Ünel (l’acteur de Head, lui aussi mal employé), Lizzie Brocheré (la jeune flic qui veut bien faire et qui se fait bien malmener), et Samy Seghir qui joue le fils immature qui va ensuite mûrir suite à son kidnapping (l’ado de Neuilly, sa mère !)…

L’idée du huis clos dans la boîte de nuit est bonne, cela change des courses poursuites dans les rues de Paris ou Los Angeles. Par contre, ensuite, il faut tenir cette bonne idée pendant plus d’une heure et demie… Certains rebondissements sont surprenants – mais pour d’autres, cela allait dans la surenchère. Surenchère de violence, de rebondissements. Cette analyse est faite après coup car pendant la projection, on vit carrément l’aventure du personnage de Vincent. Après, rétrospectivement, on n'apprécie pas vraiment la fin ouverte – ou alors il aurait mieux fallu couper avant. 

Et peut-être également la représentation des femmes (sans être spécialement féministe), mais là entre la prostituée, la jeune stagiaire zélée qui se fait traiter de c***e et se fait tabasser – et l’ex qu’on ne voit quasiment pas, les personnages féminins ne sont pas très développés. Et pourtant, quand Tomer Sisley a demandé comment les blogueuses avaient vécu le film, personne n'a répondu que c’était un film pour mecs. Car ça ne l'est pas. Le thème de l’enfant kidnappé et de l’amour filial est universel. Et la course poursuite poursuite entre gangsters, flics et ripoux crée toujours une tension intéressante. En conclusion, malgré quelques faiblesses, ce film policier est assez plaisant. Une chose est certaine : jamais vous ne vous endormirez en regardant Nuit Blanche. En tout cas, on rentre dedans, et on comprend pourquoi il a fait le buzz au Festival de Toronto et qu’il a reçu plusieurs propositions de remake.