Paru le 2008-11-24 17:33:00
Sandrine Bonnaire a réalisé un documentaire très touchant sur sa soeur Sabine, 38 ans, atteinte d'autisme. Près d'un an après la sortie du film dans les salles, l'actrice revient sur son impact sur la principale intéressée.
Sorti en janvier 2008, ce film basé sur 25 ans d'images d'archives et de vie de famille est intitulé "Elle s'appelle Sabine". A travers son histoire, c'est le quotidien des autistes et les lacunes de leur accompagnement que l'actrice a mis en images.
Aujourd'hui, dans une interview à 20 Minutes, Sandrine Bonnaire raconte comment sa soeur a vécu sa nouvelle notoriété : "Elle est devenue une star ! Quand nous allons au supermarché ensemble, il arrive que ce soit elle qu'on reconnaisse avant moi ! Elle ne redeviendra jamais la jeune fille lumineuse que je montre au début du film, mais elle a retrouvé des envies et des rêves."
Et le fait d'avoir été le premier rôle de "Elle s'appelle Sabine" lui plaît : "Elle est fière de son film. Elle demande souvent aux gens s'ils l'ont vu (...)".
Sandrine Bonnaire n'envisage de tourner une suite que si les progrès de sa soeur, aujourd'hui placée dans une institution adaptée, le justifient : "Ce serait un bon moyen de prouver qu'il existe une alternative à l'internement pour les autistes et que les foyers d'accueil doivent être développés."
C'est en effet son internement en hôpital psychiatrique qui a profondément marqué la jeune femme. Pour sa soeur, le film, présenté à Cannes en 2007, a permis de faire parler d'un sujet que les familles devaient affronter seules et notamment des problèmes liés aux structures d'accueil.
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Parlons encore du film de Sandrine Bonnaire : « elle s'appelle Sabine »...
Sandrine Bonnaire a suivi sa soeur cadette, caméra au poing pendant sona dolescence, et nous la montre aujourd'hui dans un centre adapté.
Entre temps, Sabine, cette si jolie soeur (psychotique infantile avec spectre autistique) a passé 5 ans dans un hopital psychiatrique.
Les dégats sont considérables.
Ce film est réellement bouleversant pour nous, parents d'enfants handicapés mentaux.
Pourquoi ? Parce qu'il nous projette dans un avenir (sombre en l'occurence). Parce qu'il met devant nos yeux embués un avenir auquel nous pensons, mais qui nous échappe. Il nous confronte à des peurs enfouies. La bataille qui est la nôtre chaque jour pour faire émerger de notre enfant toutes ses compétences, celles que nous, nous sentons en lui, ou bien alors, qu'un jour on découvre, avec bonheur, joie et surprise ; cette bataille que nous livrons sans même y penser nous entraîne dans un tourbillon qui parfois, ne nous donne plus le temps de nous poser, et alors de nous poser les bonnes questions.
Chaque jour en effet, ressemble à un bataille contre cette adversité qui nous est tombée dessus avec la naissance de notre enfant « qui n'est pas comme les autres »
Et bien sûr, il y est question de le Honte, de cette honte que seule une réflexion intense et un travail sur soi peut tenir éloignée des familles - je parle bien ici des familles, parents, enfants, grands-parents.
Il s'agit bien de ce sentiment qui peut faire des ravages quand il n'est pas exprimé. Mais il s'agit aussi d'une douleur que l'on ne peut pas verser dans l'oreille de « tout le monde ».
Ce film nous confronte au découragement, pour ce qui est de la prise en charge, mais aussi à notre découragement intérieur, celui-là qui nous fait ruminer, au creux de nos insomnies, ces paroles-là : « je n'y arriverai pas, c'est trop dur »
Et parce qu'on ne veut pas « qu'il soit dit... », on cache un peu, on évite, on contourne. Parce que ça fait moins mal, un peu ; et que parfois on n'a pas la force d'en parler.
Alors, ce film qui nous éloigne de nos préoccupations journalières (rendez-vous, hôpital, soins à domicile) ce film nous confronte à ce lendemain que nous attendons, mais que nous ne connaissons pas, et qui, quand on s'y arrête peut nous affoler.
Ce film nous arrête dans notre lancée, comme ça, brusquement.
Bien sûr, il faudrait oser en parler. Demander conseil, poser des questions... Mais pas si facile...
Non, mon fils ne connaîtra pas cette Institution hospitalière qui a (semble-t'il – c'est ce que je me dis) détruit la soeur de Sandrine Bonnaire.
Non, je ne le veux pas, mais aussi on me l'affirme, et je m'y accroche. Non, cela ne se passe plus comme ça. Camisole chimique : les lèvres tremblent et bavent, les larmes s'assèchent, le cerveau semble frigorifié et perd peu à peu ses capacités antérieures ; voilà donc ce qu'ont eu a subir certains handicapés mentaux qui n'avaient pourtant besoin que de stimulation et d'un cadre de vie. Oui, un cadre de vie. Sandrine Bonnaire dit « on ne vit pas à l'hôpital ; l'hôpital c'est un lieu pour soigner, un lieu de passage, cela n'est pas un lieu de vie »
Comme elle a raison.
Oui Sandrine Bonnaire a bien fait de montrer cet aller sans retour entre « avant l'hôpital » et « après l'hôpital ».
Pour réveiller les « endormis », pour appeler à l'aide, pour ne pas nous laisser seuls.
Oui, nous avons pleuré, nous parents d'enfants handicapés, parce que pour nous ce film est d'une rare violence.
Il nous jette tête la première, et le coeur à vif, dans le feu de nos angoisses les plus tûes. Comment se sortir de ces braises qui pourraient nous consumer ? En soufflant justement sur les braises incandescentes que sont nos enfants avec leurs capacités, leurs potentiels, leur envie de vivre.
En s'appuyant sur les professionnels quand la route se fait plus sinueuse, plus abrupte.
En ayant confiance en eux, mais aussi en nous mêmes.
Ce film est un catalyseur à émotions – dommage simplement qu'il ne soit déjà plus en salles... Et si la suite pouvait enir, cela représenterait un espoir, pour sabine, et tous les enfants autistes.
Béatrice B